En consultation, j'entends souvent dire que se palper les seins ne servirait plus à rien. La réalité est plus nuancée : la science a effectivement revu la place de ce geste, sans pour autant affirmer que connaître son corps est inutile.
Le mythe
« L'autopalpation des seins ne sert à rien. »
La réalité scientifique
Les grandes études ayant évalué l'autopalpation systématique comme outil de dépistage n'ont pas montré le bénéfice espéré. Deux grandes études de population, menées en Russie et à Shanghai sur 388 535 femmes, comparant l'autopalpation à l'absence d'intervention, n'ont pas trouvé de différence statistiquement significative sur la mortalité par cancer du sein. En revanche, près de deux fois plus de biopsies aux résultats bénins ont été réalisées dans les groupes pratiquant l'autopalpation que dans les groupes témoins.
C'est sur cette base que le Collège national des gynécologues et obstétriciens français a actualisé ses recommandations en 2023. Les résultats indiquent que l'autopalpation ne devrait pas être recommandée pour les femmes de la population générale, qui bénéficient par ailleurs d'un examen clinique des seins par leur médecin ou gynécologue dès 25 ans, ainsi que d'un dépistage organisé de 50 à 74 ans. Pour les femmes de plus de 75 ans, à haut risque ou déjà traitées pour un cancer du sein, les données manquent pour émettre une recommandation.
Aux États-Unis, l'ACOG tient un discours proche mais introduit une nuance importante : les recommandations ne préconisent pas l'autopalpation systématique chez les femmes à risque moyen en raison d'un rapport bénéfice/risque défavorable, mais encouragent la « conscience mammaire », car la plupart des cancers du sein sont détectés par les femmes elles-mêmes.
Pourquoi c'est important
Cette distinction change tout. Il ne s'agit pas de dire qu'observer ses seins est inutile, mais que transformer ce geste en protocole mensuel rigide, à la recherche systématique d'anomalies, n'a pas prouvé qu'il sauvait des vies, tout en augmentant les examens inutiles et l'anxiété qui les accompagne. En pratique, ce qui compte, c'est de connaître l'aspect et la texture habituels de sa poitrine, pour repérer un changement réel, et de consulter sans attendre si c'est le cas, plutôt que de chercher activement et régulièrement une anomalie.
Ce qu'il faut retenir
À retenir
L'autopalpation systématique n'est plus recommandée comme méthode de dépistage, mais connaître ses seins et signaler tout changement à son médecin reste utile. L'examen clinique annuel par un professionnel dès 25 ans et le dépistage organisé entre 50 et 74 ans restent les piliers du dépistage.
N'hésitez pas à en discuter lors de votre prochaine consultation.